rendement et écologie

Comment concilier l'obtention d'un rendement "réglementaire" fixé par les hommes tout en respectant les possibilités d'un sol avec des apports uniquement naturels ? Cela fait 10 ans que je tâtonne en essayant divers procédés et sans être encore arrivé à des certitudes. Ce qui est sûr c'est qu'en l'absence d'une méthodologie universellement reconnue et validée scientifiquement, l'agriculteur est obligé de découvrir lui même la solution à force d'essais empiriques. 

L'agriculture depuis les années 1950 a permis l'obtention de hauts rendements à partir d'énergie d'origine fossile qu'il s'agisse du gazoil pour la force motrice ou des engrais minéraux issus d'usines de l'industrie chimique, tout comme les produits anti-fongiques ou pesticides divers (insecticides, herbicides). Cet agriculture a fonctionné et fonctionne encore au mépris des conséquences à long terme en pensant sourdement que l'essentiel est de produire aujourd'hui tout en s'appuyant sur des sols transmis par des générations laborieuses et "écologistes" sans le savoir. Cela fonctionne localement au mépris d'un désordre de plus en plus global et coûteux pour la société. 

L'utilisation de l'azote est le plus explicite, car cet élément a un lien direct avec le rendement et son coût reste relativement modeste par rapport au gain espéré. Utilisé à petite, moyenne ou forte dose, personne ne sait vraiment quelle proportion est assimilée et fixée par le sol, seul compte l'observation de l'effet d'accroissement de la vigueur sur les végétaux. La fraction lessivée et envoyée dans les nappes ou dans les rivières est ignorée, car localement elle est indécelable. Ce n'est que la multiplication de cette pratique dans une zone géographique étendue qui va conduire à en constater les effets, mais à ce moment-là il sera très compliqué de remonter à la source et d'incriminer tel ou tel, l'agriculteur inconscient ou le jardinier du dimanche qui l'est tout autant et qui s'imagine encore moins que ses pratiques hyper-locales puissent avoir des répercussions générales.  Or l'azote a crée des fortunes dans les campagnes, il a permis aux plantes de grossir, aux fruits d'atteindre des tailles inespérées. Qu'il induise l'utilisation des herbicides car les plantes non souhaitées poussent tout autant que la plante cultivée, l'utilisation des anti-pourritures car les fruits entassées évacuent d'autant plus mal l'humidité et pourrissent d'autant mieux, le recours aux insecticides car les plantes en monoculture provoquent systématiquement des pullulations liées à l'impossible équilibre de la faune sur une nature non diversifiée, cela n'est jamais mis en avant ni par les vendeurs de produits, ni par les instances agricoles officielles qui ont elles-même popularisées ces pratiques. Comment sortir de cette impasse? L'agriculture dite "biologique" a permis de constater qu'en ayant recours qu'à des amendements issus d'énergie photosynthétique directe (engrais verts, composts, sols vivants) ou indirecte (engrais d'origine animale), l'équilibre des sols pouvait être plus facilement atteint sans les effets secondaires liées à l'agriculture chimique. 

Quittons maintenant le seul cas de l'azote pour étudier l'obtention de rendements économiquement viables tout en restant cohérent avec le fonctionnement harmonieux des écosystèmes.  Depuis 10 ans, dans le cadre de mon activité viticole, j'essaie de produire un raisin sain, savoureux dans la plus grande quantité possiblement produite par mon sol pauvre de graves sableuses. Le fait est que j'ai tout d'abord considéré le sol comme un équation et cela parce que c'est la version officielle dans l'enseignement agricole en France. Un récolte exporte X kilos de matière organique donc il faut compenser cette perte par un apport de f(X) kilos selon des ratios dépendants de la structure et des propriétés physico-chimiques du sol. Le fait que le sol  soit enherbé ou non n'était pas une question, l'herbe n'étant censée servir qu'à porter les roues des tracteurs.  Mais peu à peu, conscient des dangers du lessivage sur un sol sableux, je me suis intéressé à la matière organique dans la terre, à son maintient et à son rôle dans la fertilité. Instinctivement averti du caractère toxique des herbicides, je me suis toujours refusé à utiliser un produit tuant la vie sur et dans le sol fertile. Par l'observation et la lecture, j'ai découvert tout l'intérêt des racines des adventices (en langage courant les "mauvaises herbes) dans la structuration du sol, la rétention et l'adsorbtion de l'eau et le maintient de ce que Marcel B Bouché appelle le plexus écosystémique.  L'apport de la faune du sol essentiellement constituée par les vers de terre, y compris dans les Graves, est essentiel  pour maintenir la fertilité. 

Mais tout cela bien que nécessaire ne s'est pas avéré suffisant pour obtenir année après année le rendement en raisin qui puisse me permettre de dégager le revenu suffisant pour survivre dans ce monde de compétition économique. La vigne donne du fruit  mais les sols sableux étant filtrants, la suppression des herbes étant nécessaire en période végétative pour assurer la priorité de la destination des ressources du sol vers les raisins, la dynamique des sols doit être complétée par des apports. Il m'a fallu du temps pour le comprendre car les errements de l'agriculture chimique ont fini par faire craindre les effets délétères de la sur-vigueur liée à la fertilisation (pourriture, maladies). Le procédé le plus naturel est d'apporter un complément d'origine animal allant au delà de ce qu'un équilibre avec l'environnement peut déjà apporter : vie animale aérienne (déjections et cadavres) et souterraine avec la migration des éléments biogènes entre les différentes horizons du sol, apports éoliens, feuilles et pollens des lisières. Une ferme est normalement une activité associant production animale et végétale, les deux se complétant très bien selon un ration dépendant des conditions climatiques et pédologiques locales. La vigne est malheureusement devenue une activité unique liée à l'exigence d'hyper-spécialisation imposée par le métier (production, transformation , vente et pour un part non négligeable obligations administratives). Or l'élevage de quelques bêtes serait grandement conseillée car il apporterait de nombreux bénéfices écologiques au vigneron. (tonte des rangs, fertilisation, diversité animale). J'ai donc opté pour une solution intermédiaire, la confection de mon propre compost à base de rafles, de fauche d'herbes des tournières, de feuilles mortes ramassées le long des lisières de ma clairière le tout mélangé à du fumier équin. Les chevaux ont remplacé les vaches dans les Graves et la bonne entente avec leurs propriétaires peut ainsi permettre de trouver à proximité le complément animal nécessaire à la vigueur de la vigne. Ceci étant des amendements organiques d'origine animale, issus bien souvent des élevages intensifs porcins ou aviaires sont aussi nécessaire et leur prix est élevé car malheureusement la France moderne est écartelée en différentes régions agricoles hyper-spécialisées, ce qui semble un non sens écologique. Mais au moins, mieux vaut recycler les trop pleins de lisiers qui polluent les côtes et les nappes bretonnes en les incorporant dans les terres maigres du sud gironde. Ainsi sans recourir aux fertilisants d'origine fossile, un équilibre à peu près naturel (au transport près) peut être trouvé. Mais l'objectif n'est pas là, il est d'arriver à l'autonomie locale en ayant le moins possible recours à des solutions lointaines. Ainsi arriverai-je peut-être avant la fin de mon parcours viticole à trouver le bon équilibre entre rendement et respect de l'équilibre de l'écosystème. 

 

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Commentaires : 4
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    Rico Dry (vendredi, 03 février 2017 21:48)


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