BLOG du vigneron

dans les vignes du château de Sauvage pour le POINT primeur édition 2015
Vincent Dubourg château de Sauvage Graves

2022 un rescapé généreux

Un millésime chahuté par les aléas vient de rentrer dans le cuvier pour être vinifié et c'est un rescapé qui finit en beauté.

 

Début avril comme tous les ans depuis 2017, un épisode de gel a frappé les Graves et le Bordelais. A force de prendre des coups, on finit par trouver des parades, qui ne sont pas magiques mais qui peuvent fonctionner quand un peu de chance s'unit aux efforts humains. C'est ce qui se produisit cette annéé puisque à la fois la taille tardive mais aussi la préservation d'un sol frais par l'enherbement retardèrent suffisamment le débourrement pour que la vigne ne montre ses pointes végétales qu'après le gel du 4 avril.

Ce premier écueil évité, il fallu faire face à un manque d'eau très précoce en fin de printemps qui soumit la vigne à une privation d'un bien vital. Cependant encore une fois, la couverture du sol par une litière accumulée depuis 4 ans, permit de limiter les effets du rayonnement direct du soleil mais aussi celui de l'évaporation. En outre, il y a fort à parier que les bienfaits d'un réseau mycorhizien (entrelacs symbiotique de filaments fongiques avec les racines) permirent de préserver une alimentation hydrique  convenable pour la vigne même dans les conditions extrêmes de juillet et d'août. Ceci étant les raisins bien qu'abondants n'ont pas pu grossir autant qu'une année bien arrosée durant leur période de croissance.

Parallèlement le 12 juillet, un incendie catastrophique fut déclenché par un criminel toujours non identifié à proximité de la propriété. Ce fut le début du désormais célèbre feu de Landiras 1. Durant 10 jours, le travail fut mis entre parenthèse pour contrer la progression du front qui menaça le 14 juillet les vignes à moins de 200 mètres. La solidarité qui se manifesta à cette occasion dans la commune et au hameau permirent de protéger notre environnement immédiat et d'assurer la préservation de nos maisons et de nos entreprises. En revanche bien des voisins perdirent une partie de leur fortune investie en hectares de pins ou de chênes. La crainte de voir la fumée envahir les vignes fut grande mais la chance encore une fois fit souffler le vent toujours vers le sud et évacua les panaches et les voiles toujours au large vers la zone brûlée. Les ruches qui furent épargnées vécurent une mauvaise période par manque de fleurs et excés de chaleur en plus de la destruction d'une partie de leur garde-manger mais toutes  purent passer la saison sans toutefois être capables de fournir du miel autrement que pour elles-mêmes.

Les plantations d'arbres fruitiers durent être arrosées toute la saison alors que l'usage de plants à racine nue aurait dû les en dispenser.

Pour couronner cette succession d'avanies, de nombreuses journées de canicules à plus de 40°C infligèrent des brûlures au feuillage par endroit, particulièrement sur le sémillon. Les limites de la résistance de la vigne furent presque atteintes et l'on ne sait jusqu'à quel point cela pourra être encaissé par le vignoble si cette situation venait à se reproduire tous les ans. La vigne peut tolérer la chaleur et le manque d'eau mais ce n'est pas véritablement le régime avec lequel elle s'est développée à Bordeaux. Il faut donc l'aider en dépit d'une histoire adaptative plus orientée sur les excés d'humidité que sur des problématiques de chaleur durant les décénnies précédentes.

Tous ces obstacles franchis avec succés, il manquait encore un ou deux épisodes pluvieux pour enclencher une bonne maturation des raisins et leur assurer une taille convenable. Cela survint à la mi-août ce qui assura la véraison (changement de couleur lié à la maturation) puis fut doublé par une grosse pluie le 11 septembre qui elle permit de faire grossir les baies avant les vendanges.

En conclusion, il apparaît que le 2022 fut tiré d'affaire par une combinaison d'efforts anciens, d'obstination momentanée et d'heureux hasards. Il semble que sa qualité rejoigne son niveau quantitatif un peu à la façon du 2016, dernier millésime où les deux paramètres s'étaient cumulés.

 

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2022 un rescapé généreux

Un millésime chahuté par les aléas vient de rentrer dans le cuvier pour être vinifié et c'est un rescapé qui finit en beauté.

 

Début avril comme tous les ans depuis 2017, un épisode de gel a frappé les Graves et le Bordelais. A force de prendre des coups, on finit par trouver des parades, qui ne sont pas magiques mais qui peuvent fonctionner quand un peu de chance s'unit aux efforts humains. C'est ce qui se produisit cette annéé puisque à la fois la taille tardive mais aussi la préservation d'un sol frais par l'enherbement retardèrent suffisamment le débourrement pour que la vigne ne montre ses pointes végétales qu'après le gel du 4 avril.

Ce premier écueil évité, il fallu faire face à un manque d'eau très précoce en fin de printemps qui soumit la vigne à une privation d'un bien vital. Cependant encore une fois, la couverture du sol par une litière accumulée depuis 4 ans, permit de limiter les effets du rayonnement direct du soleil mais aussi celui de l'évaporation. En outre, il y a fort à parier que les bienfaits d'un réseau mycorhizien (entrelacs symbiotique de filaments fongiques avec les racines) permirent de préserver une alimentation hydrique  convenable pour la vigne même dans les conditions extrêmes de juillet et d'août. Ceci étant les raisins bien qu'abondants n'ont pas pu grossir autant qu'une année bien arrosée durant leur période de croissance.

Parallèlement le 12 juillet, un incendie catastrophique fut déclenché par un criminel toujours non identifié à proximité de la propriété. Ce fut le début du désormais célèbre feu de Landiras 1. Durant 10 jours, le travail fut mis entre parenthèse pour contrer la progression du front qui menaça le 14 juillet les vignes à moins de 200 mètres. La solidarité qui se manifesta à cette occasion dans la commune et au hameau permirent de protéger notre environnement immédiat et d'assurer la préservation de nos maisons et de nos entreprises. En revanche bien des voisins perdirent une partie de leur fortune investie en hectares de pins ou de chênes. La crainte de voir la fumée envahir les vignes fut grande mais la chance encore une fois fit souffler le vent toujours vers le sud et évacua les panaches et les voiles toujours au large vers la zone brûlée. Les ruches qui furent épargnées vécurent une mauvaise période par manque de fleurs et excés de chaleur en plus de la destruction d'une partie de leur garde-manger mais toutes  purent passer la saison sans toutefois être capables de fournir du miel autrement que pour elles-mêmes.

Les plantations d'arbres fruitiers durent être arrosées toute la saison alors que l'usage de plants à racine nue aurait dû les en dispenser.

Pour couronner cette succession d'avanies, de nombreuses journées de canicules à plus de 40°C infligèrent des brûlures au feuillage par endroit, particulièrement sur le sémillon. Les limites de la résistance de la vigne furent presque atteintes et l'on ne sait jusqu'à quel point cela pourra être encaissé par le vignoble si cette situation venait à se reproduire tous les ans. La vigne peut tolérer la chaleur et le manque d'eau mais ce n'est pas véritablement le régime avec lequel elle s'est développée à Bordeaux. Il faut donc l'aider en dépit d'une histoire adaptative plus orientée sur les excés d'humidité que sur des problématiques de chaleur durant les décénnies précédentes.

Tous ces obstacles franchis avec succés, il manquait encore un ou deux épisodes pluvieux pour enclencher une bonne maturation des raisins et leur assurer une taille convenable. Cela survint à la mi-août ce qui assura la véraison (changement de couleur lié à la maturation) puis fut doublé par une grosse pluie le 11 septembre qui elle permit de faire grossir les baies avant les vendanges.

En conclusion, il apparaît que le 2022 fut tiré d'affaire par une combinaison d'efforts anciens, d'obstination momentanée et d'heureux hasards. Il semble que sa qualité rejoigne son niveau quantitatif un peu à la façon du 2016, dernier millésime où les deux paramètres s'étaient cumulés.

 

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Un millésime chahuté par les aléas vient de rentrer dans le cuvier pour être vinifié et c'est un rescapé qui finit en beauté.

 

Début avril comme tous les ans depuis 2017, un épisode de gel a frappé les Graves et le Bordelais. A force de prendre des coups, on finit par trouver des parades, qui ne sont pas magiques mais qui peuvent fonctionner quand un peu de chance s'unit aux efforts humains. C'est ce qui se produisit cette annéé puisque à la fois la taille tardive mais aussi la préservation d'un sol frais par l'enherbement retardèrent suffisamment le débourrement pour que la vigne ne montre ses pointes végétales qu'après le gel du 4 avril.

Ce premier écueil évité, il fallu faire face à un manque d'eau très précoce en fin de printemps qui soumit la vigne à une privation d'un bien vital. Cependant encore une fois, la couverture du sol par une litière accumulée depuis 4 ans, permit de limiter les effets du rayonnement direct du soleil mais aussi celui de l'évaporation. En outre, il y a fort à parier que les bienfaits d'un réseau mycorhizien (entrelacs symbiotique de filaments fongiques avec les racines) permirent de préserver une alimentation hydrique  convenable pour la vigne même dans les conditions extrêmes de juillet et d'août. Ceci étant les raisins bien qu'abondants n'ont pas pu grossir autant qu'une année bien arrosée durant leur période de croissance.

Parallèlement le 12 juillet, un incendie catastrophique fut déclenché par un criminel toujours non identifié à proximité de la propriété. Ce fut le début du désormais célèbre feu de Landiras 1. Durant 10 jours, le travail fut mis entre parenthèse pour contrer la progression du front qui menaça le 14 juillet les vignes à moins de 200 mètres. La solidarité qui se manifesta à cette occasion dans la commune et au hameau permirent de protéger notre environnement immédiat et d'assurer la préservation de nos maisons et de nos entreprises. En revanche bien des voisins perdirent une partie de leur fortune investie en hectares de pins ou de chênes. La crainte de voir la fumée envahir les vignes fut grande mais la chance encore une fois fit souffler le vent toujours vers le sud et évacua les panaches et les voiles toujours au large vers la zone brûlée. Les ruches qui furent épargnées vécurent une mauvaise période par manque de fleurs et excés de chaleur en plus de la destruction d'une partie de leur garde-manger mais toutes  purent passer la saison sans toutefois être capables de fournir du miel autrement que pour elles-mêmes.

Les plantations d'arbres fruitiers durent être arrosées toute la saison alors que l'usage de plants à racine nue aurait dû les en dispenser.

Pour couronner cette succession d'avanies, de nombreuses journées de canicules à plus de 40°C infligèrent des brûlures au feuillage par endroit, particulièrement sur le sémillon. Les limites de la résistance de la vigne furent presque atteintes et l'on ne sait jusqu'à quel point cela pourra être encaissé par le vignoble si cette situation venait à se reproduire tous les ans. La vigne peut tolérer la chaleur et le manque d'eau mais ce n'est pas véritablement le régime avec lequel elle s'est développée à Bordeaux. Il faut donc l'aider en dépit d'une histoire adaptative plus orientée sur les excés d'humidité que sur des problématiques de chaleur durant les décénnies précédentes.

Tous ces obstacles franchis avec succés, il manquait encore un ou deux épisodes pluvieux pour enclencher une bonne maturation des raisins et leur assurer une taille convenable. Cela survint à la mi-août ce qui assura la véraison (changement de couleur lié à la maturation) puis fut doublé par une grosse pluie le 11 septembre qui elle permit de faire grossir les baies avant les vendanges.

En conclusion, il apparaît que le 2022 fut tiré d'affaire par une combinaison d'efforts anciens, d'obstination momentanée et d'heureux hasards. Il semble que sa qualité rejoigne son niveau quantitatif un peu à la façon du 2016, dernier millésime où les deux paramètres s'étaient cumulés.

 

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Un millésime chahuté par les aléas vient de rentrer dans le cuvier pour être vinifié et c'est un rescapé qui finit en beauté.

 

Début avril comme tous les ans depuis 2017, un épisode de gel a frappé les Graves et le Bordelais. A force de prendre des coups, on finit par trouver des parades, qui ne sont pas magiques mais qui peuvent fonctionner quand un peu de chance s'unit aux efforts humains. C'est ce qui se produisit cette annéé puisque à la fois la taille tardive mais aussi la préservation d'un sol frais par l'enherbement retardèrent suffisamment le débourrement pour que la vigne ne montre ses pointes végétales qu'après le gel du 4 avril.

Ce premier écueil évité, il fallu faire face à un manque d'eau très précoce en fin de printemps qui soumit la vigne à une privation d'un bien vital. Cependant encore une fois, la couverture du sol par une litière accumulée depuis 4 ans, permit de limiter les effets du rayonnement direct du soleil mais aussi celui de l'évaporation. En outre, il y a fort à parier que les bienfaits d'un réseau mycorhizien (entrelacs symbiotique de filaments fongiques avec les racines) permirent de préserver une alimentation hydrique  convenable pour la vigne même dans les conditions extrêmes de juillet et d'août. Ceci étant les raisins bien qu'abondants n'ont pas pu grossir autant qu'une année bien arrosée durant leur période de croissance.

Parallèlement le 12 juillet, un incendie catastrophique fut déclenché par un criminel toujours non identifié à proximité de la propriété. Ce fut le début du désormais célèbre feu de Landiras 1. Durant 10 jours, le travail fut mis entre parenthèse pour contrer la progression du front qui menaça le 14 juillet les vignes à moins de 200 mètres. La solidarité qui se manifesta à cette occasion dans la commune et au hameau permirent de protéger notre environnement immédiat et d'assurer la préservation de nos maisons et de nos entreprises. En revanche bien des voisins perdirent une partie de leur fortune investie en hectares de pins ou de chênes. La crainte de voir la fumée envahir les vignes fut grande mais la chance encore une fois fit souffler le vent toujours vers le sud et évacua les panaches et les voiles toujours au large vers la zone brûlée. Les ruches qui furent épargnées vécurent une mauvaise période par manque de fleurs et excés de chaleur en plus de la destruction d'une partie de leur garde-manger mais toutes  purent passer la saison sans toutefois être capables de fournir du miel autrement que pour elles-mêmes.

Les plantations d'arbres fruitiers durent être arrosées toute la saison alors que l'usage de plants à racine nue aurait dû les en dispenser.

Pour couronner cette succession d'avanies, de nombreuses journées de canicules à plus de 40°C infligèrent des brûlures au feuillage par endroit, particulièrement sur le sémillon. Les limites de la résistance de la vigne furent presque atteintes et l'on ne sait jusqu'à quel point cela pourra être encaissé par le vignoble si cette situation venait à se reproduire tous les ans. La vigne peut tolérer la chaleur et le manque d'eau mais ce n'est pas véritablement le régime avec lequel elle s'est développée à Bordeaux. Il faut donc l'aider en dépit d'une histoire adaptative plus orientée sur les excés d'humidité que sur des problématiques de chaleur durant les décénnies précédentes.

Tous ces obstacles franchis avec succés, il manquait encore un ou deux épisodes pluvieux pour enclencher une bonne maturation des raisins et leur assurer une taille convenable. Cela survint à la mi-août ce qui assura la véraison (changement de couleur lié à la maturation) puis fut doublé par une grosse pluie le 11 septembre qui elle permit de faire grossir les baies avant les vendanges.

En conclusion, il apparaît que le 2022 fut tiré d'affaire par une combinaison d'efforts anciens, d'obstination momentanée et d'heureux hasards. Il semble que sa qualité rejoigne son niveau quantitatif un peu à la façon du 2016, dernier millésime où les deux paramètres s'étaient cumulés.

 

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