La pénibilité est l'avenir de la viticulture

La société numérique, robotisée, mécanisée qui est soi-disant inéluctable reste non souhaitable. Certes je suis le premier à communiquer avec un ordinateur, à tenir bon an mal an un blog sur ce site et donc je suis un acteur consentant de ce type de société mais à la différence près que cela ne régit ni ma vie, ni mon quotidien.

La photo d'illustration témoigne de ce qu'implique les vendanges manuelles, il faut des personnes en bonne santé pour couper des raisins dans les rangs, le dos cassé par le poids des paniers, qui sont ensuite déversés dans une hôte. Cette hôte sera elle-même vidée dans une baste (ou comporte) qu'il faudra soulever pour la poser sur une remorque-plateau. Une fois au chai, cette baste (30 à 40 kg) sera mise encore manuellement sur un chariot élévateur qui enfin permettra de placer le contenu sur la chaîne de réception vendange. 

Je détaille toutes ces opérations car cela illustre ce qu'implique très partiellement le travail manuel, cette succession d'opérations répétitives, qui deviennent pénibles à force de répétition mais qui restent à la fois le meilleur moyen de ramasser le raisin sans l'abîmer tout en le triant mais aussi celui de donner du travail rémunéré ! 

Vendanger à la main, effeuiller à la main, tailler à la main, épamprer à la main tout cela crée de l' emploi saisonnier la plupart du temps mais qui est complété par d'autres activités sur d'autres cultures en d'autres saisons. Supprimer les vendanges à la main, c'est enlever aux saisonniers une partie de leur revenu annuel, c'est rompre un modèle. Cela commence à dater désormais et tout la filière s'est organisée différemment et du même coup le monde des saisonniers a été malmené et les vendangeurs sont maintenant difficiles à recruter. Mais les chômeurs se comptent à la fourche et notre société est malade de cette oisiveté contrainte, malsaine pour le corps et l'esprit.

Pourquoi ai-je donc intitulé ce billet "la pénibilité est l'avenir de la viticulture" ? 

Tout d'abord je pense que le travail manuel est pénible mais qu'il est souhaitable et que l'intelligence procurée par l'action des mains existe, qu'elle enrichit le produit et lui confère peu à peu ses qualités. Le vin produit par le travail des mains est le fruit, voir le reflet de ces efforts et de cette intelligence. Il ne faut pas non plus idéaliser la perfection de l'action manuelle, elle peut être médiocre, négligente. Dans ce cas, l'effet sur le produit final sera également sensible. 

D'où la deuxième conclusion, la pénibilité assumée, vécue comme l'exigence indépassable pour obtenir un beau produit est la voie de l'excellence et de l'harmonie dans la société. Le travail qui fatigue, est un travail qui nourrit, qui a du sens, qui donne de la fierté. Il s'inscrit dans une société laborieuse, où gagner sa croûte est une obligation vitale. Ainsi supprimer la pénibilité  superflue, celle qui use précocement le corps, peut se concevoir comme un progrès mais nier l'apport du geste, du geste répété, du geste patient, du geste tranquillement pénible est non seulement un appauvrissement qualitatif et culturel pour le monde du vin mais encore plus l'oubli que c'est en donnant un emploi à tous les hommes que notre société pourra continuer de vivre en paix. 

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