La valeur du vin : une transsubstanciation laïque ?

Quelles sont les valeurs véhiculées par le vin en général ? Quelle est la  valeur intrinsèque du vin ? Y a-t'il une justification au fait de se poser cette question pour le vin en particulier ? 

Comme le montre cette photo, il n'est souvent pas inutile de se mettre en valeur pour donner de la valeur. 

De là à affirmer que le beau est cher puis que le cher est bon puisqu'il est beau ...

Ce genre de sophisme est couramment utilisé en marketing et le vin semble dans une certaine mesure ne pas faire exception. Il y a en effet une multitude de produits suremballés, dopés par une belle publicité, une étiquette flatteuse, des lieux de ventes décorés comme des cavernes d'ali-baba qui finissent par se vendre bien au delà du prix du marché pour leur catégorie. De nombreux "crus" distingués, mettant en exergue aussi bien le contenu de la bouteille que le prestige du site de production (vieilles pierres, patrimoine artistique, jardins) arrivent ainsi à survaloriser leur production. En disant cela, je sous-entends qu'il y aurait une valeur de référence communément admise et il me semble qu'elle existe en effet, il s'agit du prix de revient du vin en lui même multiplié par un coefficient suffisant pour assurer les investissements d'avenir. 

Mais qui va se poser la question au moment de l'achat et le ferait-il comment pourrait-il répondre à cette question ?

Les prix de revient varient d'une région à l'autre, d'une propriété à l'autre et même d'un millésime à l'autre en fonction des rendements.  

Objectivement, l'achat du vin devrait rester un acte aussi naturel que celui d'acheter des légumes sur le marché mais dès lors que la bouteille coûte plus cher qu'un kilo d'abricot ou de haricots verts , on comprend que le client réfléchisse avant d'acheter. D'où les cours d'oenologie, les guides, les revues, les rubriques spécialisées, les blogs, les discussions entre amis. Il faut acquérir une culture pour être capable de valider le lien entre le prix affiché et le vin vendu, savoir reconnaître la bonne affaire de l'arnaque et même tout simplement pour apprécier une bouteille chère. Donc, pour apprécier la valeur d'un vin, il faudrait soi-même acquérir une compétence et par retour la consommation de vins chers faisant savoir à autrui qu'il y a eu acquisition de ce savoir, de cette aptitude à discerner l'excellent du médiocre, , le consommateur se donne une valeur, il l'acquiert  au yeux des autres. 

Voilà la magie du vin, ce produit par un effet miroir, confère sa valeur à celui qui le consomme. C'est une sorte de transsubstanciation laïque.

Une fois cette démonstration rapide effectuée, y a t'il une éthique du vin liée plus ou moins à sa valeur ? Je ne pense pas, dans la mesure où pour un même prix, des valeurs totalement antagonistes peuvent être mises en avant. Cela peut aller du retour aux valeurs paysannes, au dur labeur qui mérite son salaire , jusqu'à la rareté qui par le biais de l'offre et de la demande fait grimper mécaniquement les prix. Pour un même prix, la justification peut être très variée, le recours à des machines très sophistiquées peut coûter aussi cher que des ouvriers ayant le même office.  Une fois de plus, étant donné la complexité de la chose, je ne peux que conseiller le bon sens. Les cavistes savent souvent parler de leur sélection, les chais sont de plus en plus accessibles à la vente directe, les salons sont là pour créer le lien producteur/consommateur (quand c'est vraiment le producteur derrière le stand...), les informations se trouvent maintenant sur internet. On peut donc boire sans vouloir se tracasser et tout simplement profiter d'un bon rapport qualité-prix (très personnel pour chacun) et si le besoin s'en fait sentir aller plus loin et consommer en connaissance de cause. Mais n'oubliez pas le truc de la transsubstanciation  ... laïque

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